Cycles Sujets Sensibles 3
SensibilitÉs en procÈs
Affects et controverses dans les littératures contemporaines de langue française
Journée d’Études
Appel à communications
Porto, ILC/APEF, 27 septembre 2027
La fiction narrative contemporaine en français entretient avec la sensibilité un rapport devenu sporadiquement conflictuel. Ce qui touche, indigne, voire offense ne relève plus seulement des simples affects ou émotions, mais est dorénavant porté par les médias, l’opinion publique ou les réseaux sociaux quand cela ne finit pas devant les tribunaux. La sensibilité se voit ainsi aussi bien représentée et mise en scène fictionnellement qu’exposée et interrogée médiatiquement.
La question de la sensibilité s’avère d’autant plus centrale dans le contexte dans lequel elle se déploie la place entre l’impératif de réparation et la revendication de liberté d’écriture, hantée par le soupçon d’insensibilité et la crainte d’une censure sociale et médiatique.
Si ces questions sensibles s’inscrivent dans la tradition de querelles littéraires (Madame Bovary et Fleurs du mal), les controverses contemporaines ne portent plus seulement sur l’immoralité supposée des œuvres, mais mettent en jeu la légitimité des lieux et des sujets d’énonciation et la responsabilité des écrivains/es envers les affects qu’ils/elles suscitent. En outre, elles surviennent dans un nouvel écosystème médiatique où l’indignation circule vite et où les affects deviennent eux-mêmes un sujet littéraire et objet critique.
L’actualité littéraire en français en procure plusieurs exemples. Ainsi, les récits qui ont accompagné et prolongé le mouvement #MeToo sous le mode de l’autofiction et du témoignage ont ouvert des débats sur le droit au récit, les frontières entre fiction et accusation, et les conditions éthiques de la narration de soi et sur autrui. L’affaire Kamel Daoud est, à cet égard, paradigmatique.
Les débats post/décoloniaux ont suscité des controverses sur la représentation de mémoires coloniales et esclavagistes diverses et complexes, alors que le recours aux démineurs éditoriaux (sensitivity readers) a soulevé des questions tant critiques que politiques et identitaires, comme on a pu le voir avec l’affaire Kevin Lambert.
Par ailleurs, l’essor de l’IA générative interroge la question de la sensibilité littéraire, de l’instance auctoriale, mais aussi de ce qu’on peut attendre d’une écriture simulant l’affect sans l’éprouver, et du statut du lectorat dans un contexte où la production textuelle est dissociée de l’expérience humaine vécue et narrée (affaire Thélyson Orélien).
Cette journée d’Études, qui s’inscrit dans le cycle Sujets Sensibles coorganisé par l’ILC et l’APEF, se propose de réfléchir à ces phénomènes pluriels. Il s’agira de comprendre comment les textes eux-mêmes travaillent ces tensions : par quelles formes, quelles voix, quelles stratégies d’écriture (ironie, saturation, retrait, polyphonie, juridisation du récit, mise en scène du procès) ils interrogent la légitimité des affects, et comment la critique, l’édition et la réception en reconfigurent l’enjeu.
Axes thématiques :
- Fictions mises en accusation ;
- Légitimité narrative ;
- Controverses post/décoloniales ;
- Questions de médiation et d’escorte littéraires ;
- Intelligence et sensibilité artificielles ;
- Sensibilité et nouvelles querelles littéraires.
Modalités de soumission
Les propositions de communication (environ 300 mots), accompagnées d’un titre et d’une courte notice biobibliographique, devront être envoyées avant le 1er juin 2027 à l’adresse ilc@letras.up.pt.
Les communications, d’une durée de 20 minutes, seront présentées en français.
La journée d’Études se tiendra le 27 septembre 2027, à la Faculté des Lettres de l’Université de Porto, dans la Salle de Réunion 1. Une publication est prévue.
Organisation : Maria de Fátima Outeirinho et José Domingues de Almeida

